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01 avril 2022

À propos de la Bible

 

LE
MAL
ET LA
SOUFFRANCE
DANS LA BIBLE

Toute la Bible mène à Pâques. Au long de l’histoire humaine dont elle se fait l’écho, vie et mort se livrent un combat continuel. Non pas, certes, comme le duel de deux adversaires de force égale, mais une tension permanente traverse le monde, la nature, chaque personne, entre l’aspiration à la vie et au bonheur, d’une part, et la réalité du mal, la souffrance et la mort, d’autre part. Dieu n’a pas fait la mort, affirme le livre de la Sagesse (1,13), avant de préciser : C’est par l’envie du Diable que la mort est entrée dans le monde (2,24). Dieu est amour, dira saint Jean... Le recueil des Psaumes, au cœur de l’Ancien Testament, modèle biblique de toute prière, illustre cette tension d’un bout à l’autre. À ses côtés, le livre de Job met en scène de façon saisissante l’affrontement d’un homme au mystère du mal et de la souffrance, tandis que, plus loin, le Cantique des Cantiques célèbre le triomphe de l’amour et de la vie. Les grands problèmes de l’existence humaine sont ainsi exposés au cœur de la Bible, mystère – à la lettre formidable – auquel, croyants ou non, tous sont confrontés.


La Bible s’ouvre par le double récit de la création, fruit de réflexions théologiques d’époques différentes sur le monde et la destinée humaine. Il se dégage de l’un comme de l’autre épisode une vision résolument positive du projet divin, cependant mis en cause par la liberté de l’homme et contrecarré par le mauvais usage que celui-ci en fait. Le narrateur du chapitre 1 de la Genèse ponctue chaque étape de l’œuvre divine par ce refrain, répété six fois : Dieu vit que cela était bon. Un septième constat commente la création du couple humain : Cela était très bon. Néanmoins, selon les chapitres suivants, l’homme et la femme, façonnés par Dieu pour vivre en communion avec lui, cèdent à la séduction du serpent qui les incite à voir, dans l’interdit posé pour les protéger de la mort, un effet de la jalousie divine. Prenant la limite pour une entrave à leur liberté, ils succombent à la tentation de connaître le bien et le mal, c’est-à-dire d’exercer sur toute chose un pouvoir sans réserve. Leur transgression entraîne la rupture de l’harmonie universelle et le déferlement de la violence. Les traditions véhiculées par ces textes reportent aux origines du monde l’explication théologique du mal subi ou commis à l’époque où elles se sont forgées : mensonge, violence, abus de pouvoir... Ces récits ne relèvent pas de l’histoire au sens strict ; ils traduisent une interrogation profonde, enracinée dans l’expérience concrète, sur l’origine et le sens de la vie.

C’est l’oppression de l’homme par l’homme qui déclenchera dans l’histoire le premier acte de la révélation à Israël. Dieu confie à Moïse, rescapé du génocide décrété par le pharaon d’Égypte, la mission de libérer ses congénères hébreux du joug qui les accable. Dieu est toujours libérateur, et libérateur du mal¹. En révélant son nom à son envoyé, il s’engage personnellement dans la mission qu’il lui confie. La joute épique qui s’ensuit entre Moïse et le pharaon symbolise l’affrontement du bien et du mal et la résistance obstinée de celui-ci. Dieu seul en viendra à bout. C’est lui qui, par la médiation de Moïse, fendra les eaux de la mer pour y faire passer les Hébreux à pied sec, avant d’y engloutir les troupes du pharaon lancées à leur poursuite. Il reproduira ainsi l’acte créateur de séparation d’où va naître son peuple. Au Sinaï, Dieu conclut avec Israël une Alliance, garantie par la Loi qu’il lui donne. Les dix commandements, loin de représenter une contrainte, sont autant d’indications destinées à protéger sa liberté. Tous peuvent se ramener à l’interdit de l’idolâtrie, esclavage du « moi » qui se préfère à « l’autre », sous toutes les formes du pouvoir et de la possession. À observer la Loi, chacun se gardera et du mal et du malheur.


Le séjour au désert est pour Israël à la fois une grâce et une épreuve destinée à vérifier sa foi : grâce d’intimité avec Dieu, épreuve de ses exigences. Au désert, comme plus tard en Terre promise jusqu’à l’exil à Babylone, le peuple ne résistera pas à l’épreuve. Il cédera régulièrement à la tentation de l’idolâtrie. À chaque génération, les prophètes dénonceront ce mal comme un péché et les rédacteurs de l’histoire biblique y verront la cause des souffrances de l’exil. Loin de la Terre Promise, Israël devra expier ses égarements. Ainsi la souffrance sera-t-elle longtemps comprise comme un châtiment, tandis que, avant comme après l’exil, les sacrifices sont offerts au Temple pour la purification des péchés.

C’est le prophète Jérémie qui, à la lumière de son expérience personnelle, attribue à la souffrance, pour la première fois, un sens positif. Celle-ci, aussi amère soit-elle, appartient à sa vocation prophétique et lui dévoile le cœur de Dieu. Dieu souffre avec Israël, comme un époux abandonné qui, irrésistiblement, pardonne à la femme qu’il aime. Au terme de l’anéantissement du peuple, il « créera du nouveau sur la terre » et conclura avec les siens « une Alliance nouvelle » en inscrivant sa Loi sur leur cœur (Jr 31,22.33). Jérémie entrevoit la mystérieuse fécondité de la souffrance et de la mort bien au-delà de l’interprétation morale qui réduisait leur sens à celui d’une punition.


L’auteur du livre de Job développe une contestation radicale de la même interprétation. Job n’a pas péché ; il le clame vigoureusement à la face d’amis moralistes qui l’exhortent au repentir. Il n’hésite pas à prendre Dieu lui-même à partie pour lui reprocher le malheur dont il l’accuse d’être responsable. Contre toute attente, Dieu justifiera les propos de Job et celui-ci pourra s’exclame : Je ne te connaissais que par ouï-dire mais maintenant mes yeux t’ont vu ! (Jb 42,5) L’expérience de la souffrance dessille le regard sur le mystère de Dieu.

À la fin de l’exil, un lointain disciple d’Isaïe chante la création nouvelle dont le mystérieux Serviteur de Dieu sera l’agent. À la fois roi, prophète, sage et prêtre, celui-ci porte tous les traits du messie futur². Le Nouveau Testament puisera dans les poèmes qui le décrivent de quoi exprimer le drame pascal. Le Serviteur écrasé par la souffrance accomplit sa mission sacerdotale en se livrant lui-même à la mort, chargé du péché des multitudes. Son quatrième Chant appartient à la liturgie de la Semaine Sainte. Il porte au sommet la réflexion biblique sur le sens du mal et de la souffrance. Ceux-ci, loin d’être voulus ni imposés par Dieu, s’intègrent pleinement dans son projet d’amour, projet que Jésus de Nazareth accomplira dans l’œuvre du salut où l’humanité est recréée. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… (Jn 3,16).

Sr Loyse Morard osb 



1 Plus qu’un lieu géographique et comme le montre l’étymologie de son nom en hébreu, l’Égypte est le symbole du resserrement, de l’angoisse, de la servitude.

2 Cf. Is 42,1-9 ; 49,1-7 ; 50,4-11 ; 52,13-53,12.








23 octobre 2021

À propos de la Bible

 

LA 

PRIÈRE

DANS LA BIBLE



La Bible n’est pas un livre de prière mais un livre de vie. La prière ne consiste pas en un « exercice » auquel on s’adonne quelques instants chaque jour ou quelques heures par semaine. Elle est la disposition du cœur humain face à Dieu partenaire d’une relation d’amour : le Dieu de l’Alliance, le Dieu de Jésus-Christ. Comme toute relation, celle dont la Bible est l’écho prend des formes variées selon l’expérience de celui qui la vit : joie et bonheur, ou souffrance et malheur. Autant d’expériences qui offrent matière à réflexion sur l’idée que chacun peut se faire du Dieu partenaire de sa foi. 



Le dialogue de la « louange » 

Ainsi conçue, la prière habite la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse. Néanmoins, le premier Testament incorpore un livre qui lui est consacré : le livre des Psaumes. Celui-ci ne propose pas un traité théorique mais un ensemble de 150 prières que la Bible hébraïque appelle les « Tehillim » : les « Louanges »¹. Tant s’en faut que toutes soient des louanges au sens que nous donnons à ce mot. La plus grande partie fait résonner des supplications, parfois des invectives, cris de douleur, de révolte ou de repentir. D’autres sont des appels confiants ou des acclamations, chants d’admiration et d’action de grâces, réflexions sur le passé et les leçons à en tirer, le scandale posé par le mal quand il l’emporte sur le bien, ou encore longues méditations sur le don de la parole de Dieu offert aux hommes. Pourquoi alors la Bible hébraïque appelle-t-elle le livre entier « Louanges » ? Parce que toute parole ou pensée humaine adressée à Dieu, quel qu’en soit le contenu, le « loue » véritablement : elle le reconnaît comme un vis-à-vis, capable, par-delà son apparent silence, d’être touché et de répondre. La prière est un dialogue.




Les psaumes, norme de la prière 

La Bible hébraïque comporte trois parties : la Loi, les Prophètes et les Ecrits qui eux-mêmes incluent les Psaumes. Les deux premières parties transmettent la parole que Dieu adresse à son peuple arraché à l’esclavage : la Loi lui dicte les conditions de sa liberté ; les Prophètes redressent ses égarements, le reprennent, l’avertissent, pour le sauver encore et toujours. Les « Écrits », eux, rapportent les paroles humaines qui répondent aux dons de Dieu : prières, réflexions, méditations sur la conduite de la vie et son mystère, le mal et l’amour. Dieu y est toujours impliqué. Les cent cinquante psaumes du psautier, classés par la Bible en cinq livres², présentent la norme de la prière, par analogie aux cinq livres de la Loi. Tout l’enseignement révélé à son sujet s’y rassemble. Comment s’étonner alors que, dès l’origine, l’Église leur ait réservé une place de choix dans sa Liturgie ?




Mystère du mal et règne de Dieu dans le Christ  

Le psautier tout entier est traversé par LA question qui habite nos existences : celle de l’affrontement au mal et à la souffrance. Le mal est présent au-dedans et au dehors ; péché ou adversaire extérieur, nul ni rien ne lui échappe. C’est notre sombre expérience quotidienne. Où est Dieu face à ce mystère accablant ? Nous savons la réponse qu’apporte à cette question la révélation chrétienne. En son Fils incarné, Dieu s’est identifié à l’homme pauvre, écrasé par le malheur. Jésus est le Messie - qui a reçu de Dieu l’onction royale - personnage central du psautier. En tant que tel, il incorpore en lui la destinée de toute l’humanité et la mène à son achèvement. Assumant sa souffrance jusqu’à la mort, il la traverse, dans l’entière dépossession de la confiance et de l’amour. Il instaure par là le règne de Dieu dans le monde. D’un bout à l’autre, le psautier parle du Christ, roi-messie en qui se dénoue le drame du « péché ». Victorieux dans la personne du pécheur repentant ou de l’innocent persécuté, Dieu ne règne pas à la manière des hommes.




La prière du pauvre

Apprendre à prier avec les psaumes, c’est entrer dans cette logique de pauvreté qui domine aussi le Nouveau Testament. La prière de Jésus en témoigne. Qu’il suffise de rappeler l’exultation qu’il lance à son Père quand ses disciples reviennent de leur première mission :  Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits… (Lc 10,21ss). L’instruction sur le « Notre Père » suit de près ce passage, en réponse à la demande : Seigneur, apprends-nous à prier (Lc 11,1ss). Sa prière de pauvre, Jésus l’a non seulement prononcée, enseignée, mais vécue. Cloué à croix, il prononce ces paroles de psaumes : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 23,46 ; Ps 21/22,2), Père, entre tes mains, je remets mon esprit » (Lc 23,46 ; Ps 30/31,6). Jésus meurt dans la déréliction du condamné, mais aussi dans la confiance filiale qui le livre à son Père et annonce sa résurrection.
La prière chrétienne habite cette double réalité : l’incontournable malheur et l’amour donné sans limites, source de vie. Elle établit un pont entre le vécu de chacun et le don de Dieu révélé dans le passé et toujours actuel. Dieu s’offre à nous aujourd’hui comme autrefois. La foi accueille sa venue, prolongeant la grande prière eucharistique adressée au Père, qui fait mémoire de ses bienfaits dans le Christ, les renouvelle chaque jour et unit la louange à la supplication pour tous les hommes.
 
 
Sœur Loyse Morard osb



¹Tehillim : mot hébreu signifiant « louanges ». Son correspondant grec, psalmoi, est un terme musical qui évoque l’action de pincer la corde.

²Respectivement, selon la Bible hébraïque : Ps 1-41 ; Ps 42-72 ; Ps 73-89 ; Ps 90-106 ; Ps 107-150.









12 août 2021

À propos de la Bible

 

La liberté

selon la Bible




Être libre, c’est être libéré.

 

La liberté n’est pas un donné figé 
mais un projet divin en devenir.

 
Elle se reçoit et se construit.



Si le mot n’apparaît guère dans l’Ancien Testament sinon au sens politique ou social, le Nouveau Testament présente la liberté comme l’indice même de la nouveauté chrétienne. Son expérience en  tant que libération parcourt toute l’histoire du salut depuis son premier acte, la sortie d’Egypte, jusqu’à son accomplissement dans la Jérusalem d’En-Haut. « Le Dieu que nous avons est un Dieu de délivrances », chante le psaume (Ps 68/67,21). Et saint Paul de déclarer : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés » (Ga 5,1).

La révélation de Dieu comme libérateur

Dieu se manifeste essentiellement comme libérateur. Le récit de l’Exode - libération de l’oppression égyptienne, traversée de la mer, séjour au désert, conclusion de l’Alliance et don de la Loi - constitue, en quelque sorte, l’acte de naissance d’Israël. La Bible entière s’y réfère. Le constat de l’oppression de l’homme par l’homme affecte Dieu au point de le décider à intervenir (Ex 3,7-12). Dieu se révèle à Moïse, il l’envoie et s’engage avec lui : « J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu son cri, je connais ses angoisses, je suis descendu pour le délivrer. Maintenant, va, je t’envoie, je serai avec toi ». Tel est le point de départ de la révélation de Dieu dans l’histoire : une situation d’oppression insupportable, à Dieu plus encore qu’aux hommes.
Cette libération initiale est un acte gratuit. Israël ne la demande pas. Il crie parce qu’il souffre. Dieu libre ne supporte pas que l’homme soit asservi par son semblable. Le mot hébreu désignant le pays d’Égypte dérive d’une racine verbale évoquant l’enfermement, l’angoisse et, de là, toute forme d’emprisonnement physique ou moral. L’Égypte dont Dieu veut « faire sortir Israël » n’est pas un lieu géographique mais une situation-type inhumaine, contraire à son projet. Le vrai Dieu n’est pas un tyran. Il ne veut pas d’esclaves mais des partenaires, libres comme lui, pour construire l’histoire avec lui.

Une loi pour rester libre

Ainsi Dieu s’engage-t-il envers son peuple par une alliance, fondée sur le don de sa loi. Les préceptes du décalogue indiquent à Israël le chemin à suivre pour garder sa liberté. L’obéissance à la parole divine, loin de représenter une condition, est plutôt la conséquence de l’alliance, réponse de foi et d’action de grâces à l’initiative de Dieu. La loi divine est gage de liberté. L’observer, c’est demeurer libre, libre de tout assujettissement à un pouvoir absolu sous quelque forme qu’il se présente, pour accueillir le don gratuit du Dieu unique : précisément la liberté.  Idoles, représentations figées des forces cosmiques, manipulables en fonction des besoins, maîtrise absolue du temps et du travail, prétention à l’autosuffisance, qui conduit au refus de l’autre dans sa personne, ses relations et ses biens, représentent autant de formes de tyrannies à fuir, tant en actes qu’en paroles et en intentions (Ex 20,2-17 ; Dt 5,6-21). L’ambition de « connaître le bien et le mal » n’a-t-elle pas été fatale au premier couple humain, dès le début de la création ? Désirer un pouvoir absolu et universel est une impasse qui mène à la mort (Gn 3). 
La tradition prophétique imputera à l’infidélité d’Israël la responsabilité des catastrophes politiques et militaires qui, peu à peu, lui feront perdre sa liberté. À chaque crise, Dieu renouvelle son œuvre de libération, jusqu’à ce que la destruction du temple et l’anéantissement du royaume mette un terme à l’autonomie politique de Juda. Tout au long de son histoire, la prière du peuple de Dieu s’exprime par ce cri qui, sous diverses formes, n’apparaît pas moins de 70 fois au cours du psautier : « Libère-moi ».



La liberté des enfants de Dieu 

Au cours de l’exil à Babylone cependant, l’inspiration d’un lointain disciple du prophète Isaïe laissera entrevoir aux déportés la perspective d’un nouvel exode, mieux, d’une création nouvelle, œuvre de « rachat » qui « fera tomber tous les verrous » (Is 43,14). Un mystérieux « Serviteur » en sera l’instrument choisi par Dieu « pour dire aux prisonniers : sortez » (Is 49,7-9). Plus tard, un autre disciple du même prophète prononce l’oracle que Jésus s’appliquera à lui-même lors de sa première prédication à Nazareth : « L’esprit du Seigneur... m’a envoyé... annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance » (Is 61,1 ; Lc 4,18). La libération est œuvre messianique ; elle inaugure la réconciliation universelle des derniers temps (Is 35,10 ; 51,11). L’espérance d’Israël est tendue vers elle. À la naissance du Précurseur, son père Zacharie prophétise que « Dieu a visité et racheté son peuple » (Lc 1,68). La venue de Jésus fait advenir le Règne de Dieu ; sa vie, sa mort et sa résurrection réaliseront la délivrance promise. « Si le Fils vous rend libres, réellement, vous serez libres » (Jn 8,36), déclare-t-il à ses contradicteurs.
La liberté chrétienne est un bien eschatologique, obtenu par le sang du Christ en pure grâce et destiné à grandir, par le don de l’Esprit Saint, jusqu’à la délivrance finale. Le chrétien, « fils de Dieu », est libre par définition ; libre et appelé à la liberté. « C’est pour que nous soyons vraiment libres, que le Christ nous a libérés... Ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage », s’exclame saint Paul (Gal 5,1 ; cf. aussi Jn 8,31-36). Au-delà de son expression sociale, loin de tout libertinage, la vraie liberté est avant tout spirituelle, car « la loi de l’Esprit qui donne la vie en Jésus-Christ » libère « ceux qui sont dans le Christ de la loi du péché et de la mort » (Rm 8,2). Concrètement, elle affranchit de l’esclavage de l’égoïsme et de la volonté de puissance, comme de l’assujettissement au jugement d’autrui et aux contraintes extérieures d’une loi prise à la lettre. « Par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres, car la loi est accomplie dans l’unique parole : tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ga 5,13ss).  La liberté dans le Christ abolit les différences au profit de l’unité des fils de Dieu : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni homme, ni femme car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus-Christ » (Ga 3,28 ; cf. aussi Col 3,11). Au regard de la foi, même l’esclave est un homme libre (cf. 1 Co 7,22).
Sous l’empire de l’Esprit Saint, le chrétien vit ainsi dans l’espérance d’ « avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,18-21), espérance que soutient la dernière demande de sa prière quotidienne: « Délivre-nous du mal » !

                                                                        Sœur Loyse Morard osb


(Paru dans : Dimanche, n° 26, 8 août 2021,
ThéoBel, supplément n° 18, « Libres pour aimer », p.11)